J’ai inventé Eddy

April 15, 2015

 

 

C’est un voyage sans musée, sans château, sans cathédrale.

 

J’ai rencontré René, Simon, Rose, peut-être Louise et Joachim. Peut-être que c’était Michel, Benoît, Julie ou Karim – je ne peux pas demander son nom à chacun. J’ai inventé Eddy. J’ai fait la connaissance de Désirée, qui s’appelle Marie.

 

Je suis les rails du tramway, je m’assois sur un banc. Yves-Marie m’a conté la place Viarme, la fusillade du général, aussi les ruelles du Marchix disparu, le chenil de François II, enfin peut-être le chenil, vous savez, à partir d’une supposition, les gens font parfois des vérités historiques. Madame Pousset m’a montré la chapelle au fond de la grande église, profitez-en c’est jour de messe le mardi. J'ai hésité, j'ai donné une pièce à Roger. Au marché, Tahar a déballé ses fruits pour pas grand chose hier ; il dit, les gens sont tristes, vivement l’été que j’aille dans ma Kabylie. Demain, j’ai rendez-vous avec Carmen pour faire des gâteaux avec des enfants d’ailleurs, des enfants en fuite, en attente d’un papier important qui leur accordera peut-être le droit de respirer l’air d’ici. Puis jeudi, Ghislaine m’attendra à L’Aubette, c’est le café de sa grand-mère ; peut-être que j’y retrouverai Catherine, je crois qu’elle quitte son travail à 17h avant de venir. Je regarde le printemps qui pousse les grilles, j’ai vu une jolie lumière dans les yeux d’Ismaël Le Breton, sénégalais d’origine comme son nom l’indique.

 

J’ai traversé le cimetière, l'après-midi les tilleuls se regardent dans le bitume ; j’y retournerai, je prendrai mon temps – pourquoi j’aime tant marcher dans les cimetières ? L’Hôtel des ventes est ouvert le mardi, je me suis installée dans un vieux fauteuil en cuir. "Dix euros pour cette soucoupe en faïence anglaise. 10 euros, 15 euros ? Adjugé pour le 47." Les joues du 47 ont rosi. Ça sent l’été, il pleut des fleurs de cerisiers, et sur les carrés d’herbe, les pétales de magnolia font des tapis. J’ai lu des lendemains de fête sur des rebords de fenêtre, et des nuits sans sommeil dans la nuque de Didier. Il m’a dit, je vais boire un café chez Marion tous les matins à l’ouverture. Chez Marion, c’est chez Jésus, le café, c’est cadeau. Et aussi la tartine beurrée.

 

Nota bene : Rendre visite à Jean-Stéphane, le libraire des Nuits blanches ; il me lit une phrase d’un livre chaque fois que je passe, c’est notre contrat.

 

 

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