Au CCAS "On fait la queue, on est patient, donc on patiente"

February 24, 2016

 

 "Ici on fait la queue, on est patient
On vous accueille, on vous oriente
On fait la queue, on est patient, donc on patiente.
On pose son sac, on lit l’journal, on récupère, on s’assoupit,
On s’tient la tête, on SMS, on r’garde ses pieds,

 

 

On guette les chiffres,
jusqu’à vingt-sept, jusqu’à quarante, le numéro, sur son ticket.
On regarde par terre,
ou la télé, la Ville de Nantes qui vous écrit sur un écran.

Au moins, on est au chaud, on est au sec.
En général, on est assis.
Banquette pour deux, comme dans un vieux train, skaï un peu froid qui devient tiède,
le train numéro 3985 à destination de…
On pose sa canne, on se frotte les mains,
Attention…
À la fermeture automatique des portières…
Par la vitre, pas de champ de colza, pas de fleuve, pas de coteaux de vignes, pas de
châteaux de la Loire, pas de vaches qui regardent les trains, pas de paysages qui
dépaysent, à moins de s’endormir un peu, le visage contre la vitre, quelques
minutes, le temps d’en garder l’empreinte sur sa joue. Alors soudain une plage, une
mer des Caraïbes, un cheval qui galope, puis un torrent qui dévale la montagne, un
vélo sans roulettes, un nuage pour dormir, un ciel de Kabylie, les bras de sa maman,
un gros morceau de pain avec du beurre dedans…"

Extrait du texte de Laurence Vilaine lu par Béatrice Templé et Raphaël Magnin dans la salle d'attente du CCAS de Nantes le 23 février.

Please reload

Articles récents
Please reload

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now